“Hommage aux anciens créateurs” (Chéri Samba) – version 1994

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LIEN à la version actuelle en allemand             LIEN au premier Blog sur la peinture de 1999 .

JUILLET 2020

Une deuxième version du sujet apparaît dans le catalogue de l’exposition «Neue Kunst aus Afrika» de la «Haus der Kulturen der Welt» à Berlin, avec la date 1994.

Le public international sait depuis longtemps à quoi s’attendre d’un «Chéri Samba»: physique, formes douces, couleurs vives ou du moins vives. Accents dans la composition.

Dans la première version, Chéri Samba se présente fièrement comme l’un des “Africains … qui incarnent la valeur de ces anciens créateurs” et se penche légèrement vers les petites sculptures qui reflètent la beauté masculine du peintre. La patine parfaite de leurs surfaces polies est également une peau noire. Je soupçonne qu’il apprécie particulièrement la patine des objets sélectionnés parmi les Kuba et Luba. En tant que figure imposante du groupe, l’artiste attire inévitablement l’attention sur son regard intense et ses paroles claires. Et pencher sa tête sur sa main est un geste traditionnel de réflexion pour les personnages du Congo. A ne pas oublier: le design coloré du boubou rouge et blanc est brillant.

Kat. 130  “Neue Kunst aus Afrika”  Haus der Kulturen der Welt, Berlin  1996 no. 130 du catalogue

A titre de comparaison, l’image du premier blog

Fig.1 du catalogue “Fiktion Kongo” Rietberg 2019/20 avec signature et date 1999

Cette peinture me semble étrangement terne et l’arrangement est sans amour et carrément déprimé. Rétrospectivement, les proportions sont compressées, les motifs de losange à gauche et à droite minables. L’autoportrait est européanisé comme une poupée avec des lunettes de soleil réfléchissantes, une moustache, une peau pâle, des mains maladroites et de larges anneaux d’étanchéité. Il a même construit les «chefs-d’œuvre» des Kuba et Luba en 1999, et ils ont perdu leur éclat.
Qu’est-il arrivé à Chéri Samba dans les quatre années qui ont suivi? Ai-je manqué un message secret qui compense la phrase supprimé?

Mme Esther Tisa, responsable de la recherche de provenance à Rietberg, a répondu à mon courrier électronique le 14 juillet: “… que le Chéri Samba prêté provenait de la collection Pigozzi à Genève. Une exposition Coray au Völkerkundemuseum Zürich a eu lieu en 1995/1996, avec un catalogue de Miklos Szalay, dans lequel Chéri Samba était également impliqué. Mais vous le savez certainement. Avez-vous déjà contacté le Völkerkundemuseum Zürich? Peut-être que les archives ont aussi des traces de Chéri Samba visitant là-bas. ” (traduction)

À ce moment-là, je suis étonné que la première version est publiée dans le catalogue “Neue Kunst aus Afrika”, mais n’apparaît pas dans la liste des tableaux exposés. Les dates des expositions à Zurich et Berlin se chevauchaient en 1996, et la peinture n’était pas disponible pour Berlin. Le prêteur de sept autres Chéri Samba à Berlin, le galeriste Jean-Marc Patras, puis Galérie N.O.M.A.D.E. (LIEN), n’était aussi pas le prêteur.

Le catalogue berlinois de 1996 influence la perception, il suggère une direction anti-coloniale par la proximité de sept peintures bien bavardes de la même période (1994) et du même format (200 x 130). Sous le titre «GRAND TORT DE LA COLONISATION», ils forment un tryptich. Sur deux images, le titre est élargi par «ET GROSSE ERREUR DE’AFRIQUE INDÉPENDANTE» .

Le texte de la première version de “HOMMAGE AUX ANCIENS CRÉATEURS” est le même que celui de la seconde (1999) sauf pour les phrases finales, mais celles sont passionantes.

 

“HOMMAGE AUX ANCIENS CRÉATEURS”

“En visitant par demande officielle la salle d’exposition de Volkerkundemuseum der Universitat Zurich se trouvant dans le sous-sol d’un jardin plein de bamboux, j’étais frappé par le grand nombre d’objets antiques (masques, textiles, statues …) tous de très haut niveau, que renferme cette salle. Je sentais comme si quelques-uns de ces objets me faisaient des frictions au corps. J’étais alors persuadé que ces objets avaient toujours leurs pouvoirs surnaturels et c’étaient de vrais // puisqu’à cette époque le marché n’était pas concurrence et il ne devait donc pas avoir de fausse pièce. J’étais étonné d’apprendre que M. Coray qui avait monté cette impressionnante collection n’avait pas connu l’Afrique d’où provenaient les œuvres de sa collection pour rencontrer les créateurs à qui je rend hommage.

Mais puis Samba écrit:
Le responsable actuel s’est racheté avac sa politique de vouloir faire visiter le musée à certains africains qui incarnent la valeur de ces anciens créateurs.”
En traduisant en allemand, le dictionnaire
PONS Großwörterbuch 1999, p.629  me propose pour  : qn. rachète qn., par exemple: “… Le responsable actuel s’est sauvé / s’est lavé les mains/ a fait amende honorable.

Pour moi, une nuance polémique semble indubitable.

Vous vous en souvenez: En 1999 il a écrit: «Y a t-il d’autres collectionneurs semblables à monsieur Coray? CHERI SAMBA 1999.

 

AOÛT 2020

Quand M. Malefakis du VKM Zurich le 19 août m’envoi un scan du catalogue VKM de 1995 – «Art africain de la collection Han Coray 1916-28» – j’empreinte le catalogue et ensuite regarde image et texte différemment, notamment à l’horizon du projet d’exposition de Miklós Szalay.

Dans son essai d’introduction «Klassik» (catalogue pp. 9-15), Szalay  prend une position explicite contre une certaine critique de la collection de Han Coray, fournie  par le marchand d’art parisien Guillaume. «Comme l’expliquent William Rubin et Jean-Paul Paudrat, la préférence de Guillaume était pour les œuvres d’art africain« stylisées et réalistes ». On dit aussi qu’il attachait de l’importance à «un savoir-faire hautement raffiné, souvent compliqué, des surfaces polies ou patinées en douceur».  Ce que les deux auteurs de l’ouvrage standard «Primitivisme» (1984, p. 25, édition allemande) ont critiqué comme «préférence subjective» de Guillaume, comme «vue sélective qui ne rend pas justice à l’ensemble», comme exemple du «goût franco-belge» (voir blog «Charles Ratton… provenance »LIEN), Szalay défend comme « des normes esthétiques traditionnelles et généralement contraignantes » ainsi qu’en Afrique. Ces normes ont façonné« le grand art qui représente la société dans son ensemble ». (p.12, traduction)
A l’inverse, pour Szalay:: «L’art des cultes périphériques et régionaux» produit un «style bas». «L’art de la« sous-culture », la scène alternative de notre société ou l’art populaire y correspondraient à peu près. Cet art est d’une validité limitée, largement lié à la situation, le plus souvent brut dans sa conception, peu standardisé, utilise des matériaux relativement pauvres (…) et n’est pas produit par des artistes professionnels. ” (p. 12, traduction)

Ainsi le terrain est préparé pour ‘une rencontre au sommet’ de l’art ancien et nouveau des deux continents. Des artistes comme Daniel Spoerri et Georg Baselitz sont invités (je devrais rechercher les autres noms). – Ce que je n’ai vécu moi-même qu’après 2010 au WKM de Francfort était déjà pratiqué quinze ans plus tôt au «Völkerkundemuseum» VKM Zurich. Mais ce que je vois de leurs témoignages artistiques du rencontre avec l’art africain me paraît tout aussi impuissant et amateur. (Comparez LINK à “Object Atlas”)
Outre Miklós Szalay, les deux historiens de l’art et conservateurs alors reconnus, Harald Szeemann et Werner Schmalenbach («L’art vu comme art», pp. 29ff.), ainsi que Fritz W. Kramer, ethnologue qui enseigne la théorie de l’art à l’Université des Beaux-Arts de Hambourg depuis 1989, représentent l’expertise universitaire.

A la toute fin du catalogue, Fritz Kramer évoque les «ethnologues» expressément exclus par Szalay et avec eux la relation entre «expérience rituelle et esthétique». Il précise: «Les évaluations esthétiques ne sont pas en accord avec celles des paysans, car les détails iconographiques ne signifient rien pour le dilettante moderne et par conséquent n’initient pas son expérience esthétique, tandis que l’agriculteur africain la déchiffre correctement, l’anime rituellement et l’associe à son mythe. Les idées adoptées de magie, de mythe et de mysticisme, que l’on pourrait mettre dans les œuvres sans connaissance du rituel concret et du mythe concret, conduisent souvent à des interprétations erronées embarrassantes, (…) De telles erreurs des réalités, que la sculpture africaine donne forme, ne peuvent être éffacé par la conception d’ une exposition. (p.232, traduction)

Et Chéri Samba?

VKM Zürich, Katalog “Slg. Han Coray 1916-1928” 1995, Prestel S.50

Le peintre moderne de genre peut se sentir honoré en tant qu’artiste africain à succès dans cet endroit et parmi ces gens. Et il bénéficie de la pleine reconnaissance des chefs-d’œuvre traditionnels africains, en compagnie desquels il se sent clairement à l’aise. Dans une scène presque intime (voir «dessin préliminaire» p.50), il démontre son bonheur tranquille. Il se fait petit par rapport aux figures qui dominent le tableau. Il aimerait caresser la tête de la femme mboko des Luba (p. 28, fig. 10, planche 165). En tout cas, cela suggère le contour commun de sa paume et de son crâne.

L’artiste Gérald Minkoff l’adore quand même: «Luba, splendide penseuse, Sphinx à genoux, je pourrais mettre d’autres pensées dans ton vaisseau sacrificiel, qui se raccommode avec des pinces et se penche entre ta cuisse et ton coude, que celle d’une rencontre improbable avec tes pensées…. . »(P.28)

Je ne peut même pas lire la remarque étonnée de Chéri Samba comme une arrière-pensée critique: «… J’ai été étonné que M. Coray, l’initiateur de cette impressionnante collection, ne se soit jamais rendu en Afrique pour rencontrer les artistes auxquels je rends désormais hommage… ” Dans la traduction du catalogue (page 50), ces phrases semblent encore plus indulgentes. Szalay a dû trouver des raisons convaincantes envers Chéri Samba. Cependant, Chéri Samba est le seul Africain du catalogue. Qui est venu à côté de lui?

 

Nouvelle perspective sur la dernière version de 1999 (“Rietberg” 2019/20). Mais aussi de nouvelles questions:

Le nom «Pigozzi» conduit à la «Collection Jean Pigozzi» à Genève, à la collection privée manifestement importante d’art contemporain africain CAACART: (LIEN) Et cela éloigne Zurich et la spéculation sur un «contrat de musée».
L’article «Moke and Congolese Popular Painting» du MoMa Magazine à New York montre un autoportrait stylistiquement comparable de 1997 «l’Espoir fait vivre» , dont je reproduis une section (à droite) et donne le LIEN au MOMA magazine

Chéri Samba 1999 “Hommage…”Ausschnitt.

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Chéri Samba exploite son propre site Web (LIEN)
. Il y écrit, entre autres:
«À partir de la fin des années 1980, il est lui-même devenu le sujet principal de ses peintures. Pour Samba, ce n’est pas un acte de narcissisme; plutôt, comme un présentateur dans les journaux télévisés, il se place dans son travail pour rendre compte de ce que signifie être un artiste africain à succès sur la scène mondiale. ” (Traduit de l’anglais)

Ce que je considère comme une manœuvre de diversion pour le journal télévisé, la mise en scène des présentateurs, je devrais prendre au sérieux ici un programme artistiqueLe MoMa fournit également une illustration appropriée: le cauchemar de l’artiste à succès qui revient de l’étranger et a peur de la «justice justicière» prédatrice de son entourage: «Condamnation sans procès» (1989/1990, 148 x 200 cm; LIEN)

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